30 mai 2009
UNE COMBINAISON INCROYABLE EXPLIQUEE PAS A PAS !
Dans la position qui suit, il faut trouver une combinaison de gain imparable (et incroyable !) pour les blancs. L'ami Fritz avec son réglage par défaut ne trouve pas la bonne suite. Et vous ? Saurez-vous vous régler en mode "super GMI" pour briller de vos mille feux ? Il faut être tout à la fois Morphy et Nimzovitsch !

La Réponse en images :
Dans cette position, les noirs qui ont une dame pour un fou et une tour vont perdre. Pourquoi ? Tout repose sur la position inconfortable du roi noir et de la possibilité qu’ont les blancs de l’enfermer encore plus !
Cela commence par un sacrifice de tour incroyable : 1.Tc2 !!

les blancs obligent les noirs à bouger leur dame. S'ils laissent la tour en vie, il y a la suite possible : Tc5 suivi de Fe1#, à moins de jouer 1...Df8. Mais cela fait perdre la dame à cause de 2.Tc4+,Rg5 (forcé) 3.Fd2+! un coup qui protège la case f4 (pour la tour) et oblige le roi à s'engager sur la colonne f. D'où 3...Rf6 4.Tf4+ prenant la dame en enfilade. Il n'y a donc pas d'état d'âme à avoir : 1...Dxc2. Les blancs jouent maintenant 2.Fe8+, ce qui oblige 2...g5

le roi noir est maintenant à la merci d'un mat à condition de pouvoir jouer g3 (mais la dame sur la 2e rangée maintient le clouage du pion g) ou le fou sur la diagonale e1-h4. Bien sûr, il n'est pas question de bouger le roi blanc qui empêche le roi noir d'aller en g3. On comprend donc que la dame noire à une double mission défensive : 1) rester sur la 2e rangée et 2) empêcher le fou d'aller sur la diagonale de mat. Il s'ensuit 3.Fa5

Les noirs n'ont que 2 coups : 3...Df2 et 3...De2. 3...Df2 ne va pas à cause de la suite 4.Fc7! et les noirs sont en zugswang. A cause de la menace 5.Fg3#, ils sont obligés de rester sur la diagonale e1-h4, d'où 4...De1. Mais ce coup permet 5.g3+,Dxg3 (forcé) 6.Fxg3#. Il reste donc 3...De2. Les blancs continuent par 4.Fc7! menaçant mat en g3

Les noirs peuvent encore jouer 4...Df2. Et maintenant, comment progresser ? Tout simplement par un splendide coup d'attente 5.Fd6!! Les noirs, qui sont obligés de jouer, ne peuvent que détériorer leur position (zugswang)

Sur 5...g4, il y a mat en 2 coups : 6.Fe7+,Df6 7.Fxf6#. Sur 5...De2 suit 5.Fg3#. Sur 5...De1 6.g3+,Dxg3 7.Fxg3#. Il reste 6.Df4

mais les noirs ne peuvent éviter le mat : 6.g3+!, Dxg3 7.Fxg3#.
Moralité : un fou déchaîné vaut parfois plus qu'une dame !
09 mai 2009
UNE JOLIE SEQUENCE TACTIQUE EXPLIQUEE PAS A PAS
Il est parfois des coups dont on se souvient longtemps, et qui nous étonnent nous-mêmes ! Dans cette partie, jouée récemment sur Buho21, j'ai eu la chance d'avoir une petite poussée d'adrénaline en jouant, avec les noirs, un coup contre nature dans la position suivante :

Le coup en question est 30...Te2!!.

Il faut bien sûr reprendre la tour, car les blancs n'ont pas les moyens de protéger leur Tf2 avec leur dame sans exposer cette dernière. Mais comment ? 31.Dxe2 perd instantanément la dame suite à 31...Cxe2. Il reste le plus naturel 31.Txe2. C'était le coup souhaité par les noirs qui avaient joué au 30e coup un magnifique sacrifice de déviation de la Tf1 destiné à permettre au cavalier d'accéder à la case f1 pour une superbe fourchette. La partie s'est poursuivie par 31.Txe2,Cxf1+!

Maintenant, tout est clair. La partie s'est poursuivie par 32.Rg1,Cxd2

Sous l'effet du choc, sans doute, mon adversaire s'est écroulé et à joué 33.Txd2? Ce qui m'a permis 33...De1+ suivi de 34...Dxe2 provoquant l'abandon. Il y avait pourtant une ultime ressource tactique pour les blancs dans cette position, la voyez-vous ?
Il s'agissait bien sûr de 33.Fxg6! à cause de la menace de mat par 34.Te8#

C'est bien la preuve qu'il faut rester vigilant jusqu'au bout. Or c'est souvent après un coup d'éclat que notre concentration s'effrite, convaincus que nous sommes d'avoir fait le plus dur, ou pire, d'être invulnérables ! Dans cette position, les noirs doivent impérativement jouer le sacrifice défensif 33...Ce4! et après 34.fxe4,Dg3! les noirs gardent l'initiative. Moralité, aux échecs, ceux qui ne sont pas brillants jusqu'au bout finissent mats !
30 avril 2009
UNE JOLIE SEQUENCE TACTIQUE EXPLIQUEE PAS A PAS
J'aime beaucoup jouer aux échecs sur internet et je ne saurais vous conseiller de, comme moi, tenter d'améliorer vos compétences tactiques en "osant" des attaques à sacrifices. Comme je l'écrivais dans mon recueil, le "vaste terrain de jeu sans enjeu qu'est l'internet est idéal pour affuter notre sens tactique". Nous n'avons en effet pas grand chose à perdre à essayer d'attaquer dès que l'occasion semble propice, quitte à se créer deux pseudo, l'histoire de comparer leurs elo : un pseudo "Petrossian-prudent" et un pseudo "Pillsbury-casse cou" (vous serez étonnés du résultat !). Je vous livre ici une analyse destinée aux débutants qui, comme toujours dans cette rubrique, est conduite sans l'aide de l'ordinateur. Peut-être certains d'entre vous trouveront quelque amélioration ou matière à critiquer. Ils sont les bienvenus : je suis toujours preneur ! La position qui suit est tirée d'une partie que je viens de jouer sur buho21 avec les blancs. Nous sommes au 28e coup d'une défense Caro Kann. Les noirs viennent de jouer 27...Dc6? (position 1)

Ce coup a l'inconvénient d'éloigner la dame de la défense du pion f5. Et bien que ce pion soit protégé, le coup 28.Fxf5!! prend l'avantage de façon convaincante ! Voyons pourquoi :

I) La première réplique à envisager est l'acceptation du sacrifice. C'est toujours ce qu'il faut faire lorsque l'on arrive pas à calculer toutes les conséquences du sacrifice et à trouver un avantage pour l'adversaire, en raison des faits suivants : 1) on gagne du matériel, et, par conséquent la partie si l'attaque n'aboutit pas ; 2) on prend un certain ascendant psychologique en relevant le défi. Cette attitude "matérialiste et courageuse" a souvent été celle du grand champion Viktor Korchnoï. Elle a aussi été de vigueur dans la partie. Dans le cas présent, l'acceptation du sacrifice est aussi encouragée par le fait que le fou menace directement la Tc8. Malheureusement pour les noirs, cela mène à un très joli mat en 5 coups : 28…gxf5 29.Tg3+ (et surtout pas 29.Dg3+?
Dg6 !) 29...Rh8
forcé 30.Fg7+ Rg8 31.Ff6+ Rf8 (position 3)

on constate que les noirs ne peuvent interposer aucune pièce sur la diagonale a3-f8 en raison des pions d et e qui contrôlent les cases c5 et d6, mais aussi parce que les blancs ne leur en laissent pas le temps ! La suite gagnante est 32.Db4+ Re8 33.De7#. Les noirs peuvent retarder ce mat en sacrifiant leur dame : 32...Dc5 33.dxc5 avec la menace 34.c6+... Il ne faut donc pas accepter le fou !
II) La seconde option est de ne pas accepter le sacrifice. Dans cette optique, l'option la plus logique est de bouger la tour menacée. La meilleure case semble être la case e8, d'où 28...Te8 Les blancs continuent l'attaque par 29.e6 (position 4)

plusieurs options sont maintenant possibles pour les noirs :
A) 29...gxf5 comme plus haut, ce coup est perdant : 30.Tg3+ Rh8 31.Fg7+ Rg8 32.Ff6+ Rf8 33.e7+ Txe7 34.Dxe7#
B) 29...Te7 est trop passif. Les blancs font un joli mat : 30.exf7+ Txf7 31.Fe6 Dc7 32.Fxf7+ Dxf7 33.Te7 Df6 34.Te8+! Fxe8 ( 34...Rf7 35.Tf8# ) 35.Dxe8+ Df8 36.Dxf8# ;
C) il reste la meilleure option, 29...fxe6 qui mène à une suite très aiguë, où les deux camps doivent jouer avec précision : 30.Fxe6+ (position 5)

30...Txe6 ? perd inutilement la qualité après 31.Txe6. Bien que cela réussisse à stopper l'attaque des blancs, on peut considérer que les blancs ont obtenu un avantage tangible et suffisant pour gagner la partie. Les noirs ont en revanche le coup 30...Rh8! qui pousse les blancs dans leurs retranchements pour trouver une suite gagnante. Les coups tentants 31.Fxd5 ?? ou 31.Ff7?? ne mènent à rien à cause de 31...Txe3 qui menace de prendre la De1, ce qui donne l'initiative aux noirs et les blancs non seulement se retrouvent avevc un déficit matériel, mais ne peuvent plus continuer l'attaque. La bonne suite est alors l'élégant 31.Tf3! (positon 6)

Les noirs ne doivent pas s'emparer du fou sans défense à cause de la menace de mat sur la 8e rangée : 31...Txe6?? 32.Tf8# ou 31...Dxe6?? 32.Dxe6!!,Txe6 33.Tf8#. Par ailleurs, les blancs menacent 32.De5+ suivi de 33.Dg7#. La seule défense des noirs est donc de défendre la case e5 avec leur dame, mais encore doivent-ils le faire correctement ! 31...Dc7? ne va pas à cause de 32.Tf7! et 32...Dxf7??, croyant profiter du clouage du fou blanc, ne marche pas à cause de 33.De5+!,Rg8 34.Fxf7+ et la dame noire est perdue. Toujours dans cette variante, 32...Dd6 perd aussi la dame après 33.Fg7+,Rg8 34.Te7+!! qui oblige 34...Dxe6 et 35.Txe6. La seule défense des noirs est donc 31...Dd6 et les blancs doivent sacrifier leur fou pour espérer continuer l'attaque (je n'ai pas trouvé mieux) : 32.Tf7!? (position 7)

Il y a toutefois un petit piège : 32...Dxe6?? perd à cause de 33.Dxe6,Txe6 34.Tf8# (comme plus haut). Par contre, après 32...Txe6! 33.Dxe6?? ne marche plus à cause de 33...Dxe6! 34.Tf8+,Dg8! et les noirs ont une pièce de plus après 35.Txg8+,Rxg8. Les blancs jouent donc 33.Df2!,Te8! 34.Fg7+,Rg8 35.Fe5! (position 8)

La dame est menacée. Directement, bien sûr, mais aussi après une manoeuvre de type Tg7+,Rh8 suivi d'un échec à la découverte. Dans cette position, il est instructif de voir que tout mouvement de la dame perd, y compris un mouvement inaccessible à la tour blanche. Exemple : 35...Dd8?? (De6??) 36.Tg7+,Rh8 37.Td7+! (Te7+!) ou 35...Db4?? 36.Tg7+,Rh8 36.Te7+!,Rg8 37.Df7#. En revanche, les noirs ont encore une ressource défensive : le sacrifice de qualité 35...Txe5! Il s'ensuit 36.dxe5,Dxe5 37.Tf8+,Rg7 38.Tf7+! (et non 38.Df7+,Rh6 et les blancs ne peuvent plus attaquer) (position 9)

Si les noirs jouent pour la nulle 38...Rg8 les blancs peuvent continuer par 39.Txb7 menaçant Df7#. Sur 39...De6 ou 39...De8 (couvrant f7) suit 40.Dd4 et les noirs ne peuvent plus parer un mat par Dg7# ou Dh8#. La meilleure suite pour les noirs est alors probablement 39...Fe8 40.Txa7 et bien que passive, la position des noirs tient encore à cause de la menace ...De1# si la dame blanche quitte la colonne f. La suite 38...Rh6 provoque le gain des blancs, techniquement assez difficile, qui repose sur la nécessité qu'ont les noirs de ne pas interposer leur dame entre leur roi et la tour blanche : 39.Dh4+,Dh5 (forcé) 40.Df4+,g5 (et non 40...Dg5? 41.Txh7+!!,Rxh7 42.Dxg5) 41.Df6+,Dg6 (forcé) 42.Df3! oblige la dame noire à quitter la 6e rangée (position 10)

42...De4 perd après 43.Dh3+,Rg6 44.Dxh7# 42...Dh5 perd la dame après 43.Tf6+ 42...Dg8 résiste un peu plus : 43.Dh3+,Rg6 44.Df5+,Rh6 45.Tf6+,Rg7 (45...Rh5 46.Dh3#) 46.Dxg5+,Rh8 47.De5!! (position 11) et quel que soit le prochain coup des noirs suivra 48.Tf8#

III) Il reste une troisième réplique noire qui consiste simplement à sacrifier la qualité pour provoquer l'échange des dames et donc l'accalmie : 28...Dc1 (position 12)

Il s'ensuit : 29.Fxc8 Dxe1+ 30.Txe1 Cxc8. Ce n'est pas spectaculaire mais les blancs auront un gain tranquille...
Sympa, non ? Merci d'avance de vos commentaires !
Vous trouverez l'intégralité de cette analyse "maison" dans les fichiers pdf et pgn joints
28 avril 2009
UNE ATTAQUE D'ECOLE DECORTIQUEE PAS A PAS
Cet exemple est tiré d'une partie assez récente jouée à Pearl Spring le 12 décembre 2008 qui a opposé deux "super-GMI" : Svidler (2727 elo, avec les blancs) et Movsesian (2732 elo, avec les noirs). Ceux qui suivent les tournois et se contentent de rapporter les parties sans commentaire signalent l'abandon des blancs au 48e coup mais la raison n'apparait pas facilement pour les débutants que nous sommes. Je vous propose ici de remonter à la position précédant le 45e coup des noirs et de vous expliquer en quoi l'attaque des noirs était irrésistible et remarquable. Elle fait intervenir une arme tactique redoutable : l'avancée du pion h face au roque opposé destinée à exposer le roi et/ou à avancer sur la 3e rangée pour soutenir un mat de pièce lourde sur la 1ere ou la 2e rangée : une manière récurrente et efficace de conclure que l'on peut surnomer "le coup de baïonnette". Mais assez de bavardages, place à l'analyse !

Les noirs ont le trait. Leur dame est attaquée. Il faut donc la bouger et trouver la meilleure case. 45… Df4! profite du clouage du pion g3 pour menacer Df1#. Les blancs sont obligés de bouger leur tour pour permettre au Fd3 de contrôler la case f1. (Le coup 46.Te1 est faible tout simplement à cause de 46...Df2+ suivi de 47...Dxe1) Le meilleur coup est alors 46.Te4 Il s’ensuit 46…Df2+ 47.Rh1 (position 2)

Tout semble encore tenir pour les blancs mais la position est déjà perdue ! Les noirs peuvent en effet continuer l’attaque par un fantastique “coup de baïonette : 47…h4!! Qui a
provoqué instantanément l’abandon des blancs. Pourquoi ? Parce que le mat est inévitable
dans toutes les variantes : les noirs menacent en effet tout simplement
48…hxg3 suivi de 49…Dxh2# ou 49…g2#.

Certains coups perdent immédiatement,
exemple : 48.Te2 Df1# ou 48.gxh4 Dg2#. Analysons les 3 meilleures défenses possibles :
A)
48.Txh4 est le coup le plus intuitif mais cela libère l’accès
à la case e1 pour la dame,

d’où :48...De1+ 49.Rg2 Tf2+ 50.Rh3

et le mat
suit: Txh2+ ! 51.Rxh2
Dxg3+ 52.Rh1 Dg1(2)#
B) 48.Dh3
semble assez solide mais après 48…hxg3, on voit que la dame risque de subir …Th6
(ex 49.hxg3 Th6).

Sur 49.Tg4, les blancs perdent tout simplement la tour par 49…Df3+
La meilleur suite semble être 49.Te2

mais le mat survient après 49...g2+ 50.Dxg2 Df1+ 51.Dxf1 Txf1#
C) 48.Dxd4 semble aussi un
intéressant coup défensif… en apparence !

mais ne marche toujours pas à cause de
48…Df3+ 49.Rg1 h3 (menaçant Dd2#) 50.Te2
( 50.Df2 est inutile :Dxf2+ 51.Rh1 Dg2# ) 50...Df1#
Ne trouvez-vous pas cette attaque instructive ? Moi, si !
09 avril 2009
APPRENONS PAR NOS GAFFES
Je ne sais pas pour vous, mais pour moi qui ne suis encore qu'un tout petit joueur, il m'arrive parfois d'enchaîner des gaffes au cours d'une ou plusieurs parties d'affilée, comme hier ou mon elo a perdu plus de 200 points sur Buho21 . Au delà de cette contre performance toute symbolique et l'énervement passé, je me suis dit qu'il était temps que je fasse la démarche inverse de d'habitude et que je décortique -enfin- l'une de ces défaites pour tenter d'y comprendre quelque chose. Et l'exemple qui suit m'a fait repenser à un commentaire que Nunn écrit dans son excellent livre "le secret de l'efficacité aux échecs" à propos des complications tactiques : beaucoup de joueurs qui ont l'avantage pêchent par excès de confiance ou volonté de "briller" et privilégient des suites compliquées et douteuses plutôt que des coups plus ternes et plus sûrs. Ce phénomène est encore plus aigu lorsqu'on joue un blitz où la création de complications est censée faire consommer du temps de réflexion à l'adversaire ; elle se retrouve aussi, toujours particulièrement en blitz, lorsqu'un léger désavantage nous pousse à vouloir créer la confusion et jouer la montre. Et hier, je suis tombé en plein dans le panneau ! Non seulement j'ai choisi de lancer les complications, mais je n'ai même pas été capable de mener jusqu'au bout la combinaison, pourtant gagnante. Les raisons de cet échec sont, je crois, assez instructives. Cela concerne les sacrifices de déviation : vous visez une case critique, celle-ci est contrôlée par une pièce adverse que vous éloignez délibérément en lui donnant du matériel, ou en provoquant son échange. Dans cette situation, l'attaquant qui a l'initiative et inaugure le sacrifice se préoccupe avant tout de la suite de sa combinaison et néglige les conséquences du mouvement de la pièce détournée ou de la nouvelle pièce impliquée dans l'échange (qui, dans son esprit n'avait pour seule finalité existentielle que d'être détournée ou de conclure l'échange). La position qui suit en est un exemple caricatural. Bien sûr, à froid et à tête reposée, l'erreur semble évidente... mais j'aurais bien voulu vous y voir, vous autres avec à peine une minute à votre compteur pour jouer ces trois coups décisifs !
Voici la position de départ.

Nous sommes au 30e coup. J'ai les noirs et le trait. La position est équilibrée sur le plan matériel (1 cavalier contre 3 pions). Je me dis qu'il pourrait y avoir moyen de profiter de la position du roi et de la dame blanche pour tenter une enfilade. Pour ce faire il suffirait de pouvoir jouer la tour en c2, la protéger au préalable par la dame, et détourner le Ce3 de la défense de la case critique c2. Je joue donc 30...Dg6 (position 2)

Ce coup a l'air idéal pour remplir cet objectif. Le pion d5 est laissé délibérément en prise pour le Ce3 et la dame contrôle bien la case c2... Les blancs acceptent le sacrifice, sans méfiance 31.Cxe5 et je continue logiquement par 31...Tc2. Les blancs n'ont maintenant qu'un seul coup valable : interposer la tour par 32.Te2 (position 3)

Prendre la tour ne servirait pas mes intérêts. Je constate qu'en h5, la dame noire attaque la Te2 avec gain de temps. Je joue donc 32.Dh5+! (position 4)

Les blancs ne peuvent pas prendre la Tc2 car ils doivent d'abord parer l'échec. Ils jouent 33.Rg2 et c'est maintenant qu'arrive l'incroyable gaffe : je joue 33...Txe2?? (aaarghhh!!!, position 5)

Pourquoi s'agit-il d'une gaffe ? Parce que dans ma précipitation et ma gloutonnerie, j'ai totalement oublié le cavalier blanc, maintenant capable de prendre la dame par 34.Cf6 Il aurait suffit de jouer 33...Dxe2! pour prendre l'avantage. Dans cette histoire, je retiens deux défauts : l'absence d'exhaustivité dans les calculs, rendue difficile par le fait qu'en général, notre cerveau lance les calculs en intégrant, dans l'ordre, les éléments suivants 1) la position initiale, 2) le mouvement de nos pièces et des cibles de l'adversaire, et 3) la position de toutes les pièces de l'adversaire à chaque demi-coup, élément fastidieux s'il en est ! Mon deuxième défaut a été l'entêtement à poursuivre l'idée de départ sans tenir compte de l'évolution de la position. Il m'était inconcevable que mon projet initial d'enfilade soit réalisé autrement qu'avec la tour. On pourrait appeler cela de la psychorigidité.
J'imagine un de mes amis blogueur me conseiller d'être zen et de ne pas douter de la force qui est "avec" moi... Mais le doute, ça fait progresser, non ?
16 mars 2009
UNE MINI SEQUENCE TACTIQUE EXPLIQUEE PAS A PAS
Parmi les armes tactiques les plus redoutables figure l'attaque à la découverte, qui peut nécessiter pour sa préparation un ou plusieurs sacrifices destinés, en général, à ouvrir les lignes. Voici un petit exemple récent tiré d'une de mes parties avec un commentaire destiné aux débutants. Je joue avec les noirs et j'ai le trait. Mon adversaire a une position très inférieure qui cumule : 1) un déficit matériel (-3 unités) 2) un roi exposé contrairement à son homologue, 3) des pièces mineures mal situées et peu actives et 4) la dame non défendue... qui va être la cible de l'attaque à venir. L'objectif des noirs est donc de concrétiser l'avantage par une victoire nette et sans bavure.

Au risque de rendre de l'influence aux fous blancs (tout a un prix, aux échecs, comme dans la vie !), je décide d'échanger les pions au centre pour ouvrir la position. Cette attitude est nécessaire pour tirer profit d'un roi exposé et il y a une multitude d'exemples où l'ouverture du jeu permet de concrétiser un avantage de développement (c'est à dire plus de pièces actives, ce qui est le cas ici de la dame et du cavalier noir) en permettant une attaque directe sur le roi. L'ouverture des lignes, colonnes ou diagonales est aussi la condition nécessaire à la réalisation d'une attaque à la découverte. Et dans le cas présent, les noirs récupèrent un pion au passage. 1...dxe4 2.fxe4,Cxe4 Les blancs jouent tout de suite un coup actif : 3.Ff3, qui menace de s'emparer du Ce4 (position 2).

C'est maintenant qu'il faut lancer ses calculs : comment rentabiliser au mieux le déplacement nécessaire du cavalier noir ?... Après quelques instants de calcul, je m'aperçois que le meilleur coup n'est pas le déplacement immédiat du cavalier mais un échec intermédiaire : 3...Dg6+!

Ce coup provoque l'abandon immédiat de mon adversaire. Pourquoi ? D'abord, le cavalier en prise ne peut être pris : il faut en premier parer l'échec. En dehors d'un coup stupide comme Fg4 (qui perd inutilement le fou), les blancs n'ont que 3 cases pour leur roi : f1, h1, et h3 et quelle que soit la case choisie, le cavalier noir pourra mettre le roi blanc en échec par Cg3+ (sur f1 ou h1) ou Cg5+ sur h3. En faisant cet échec au coup suivant, les noirs libéreront l'accès à la Dc2 pour la Dg6 et la dame blanche sera inéluctablement perdue. Vous noterez que la meilleure défense des blancs, dans cette position désespérée serait de jouer Rh1 pour tendre un piège grossier en permettant aux noirs de faire échec par Cf2. Il est en effet nécessaire pour les noirs de sacrifier leur cavalier dans cette position pour gagner la dame. La suite gagnante serait alors : 4.Rh1,Cg3+! 5.hxg3,Dxd2.
11 mars 2009
UNE MINI SEQUENCE TACTIQUE EXPLIQUEE PAS A PAS
Voici un petit texte encore destiné aux débutants. Nous sommes au 26e coup. Votre serviteur joue avec les noirs et a le trait. Mon adversaire (2171 elo) a parfaitement joué l'ouverture et a obtenu un avantage matériel (2 fous contre 1 tour). Et pourtant, il va finir par perdre sous la pression ! Voyez-vous comment vous y prendre avec les noirs ?

Dans cette position, mon seul atout est le pion a4 avancé et la faible protection du Cc3. J'ai donc joué 26...a3!

Le pion ne peut être pris sous peine de perdre le cavalier. Le pion b2 est surchargé. Les blancs mobilisent leur fou à la rescousse et jouent 27.Fc1? Assurément une réplique logique mais passive et qui a l'inconvénient d'ouvrir la diagonale devant le roi noir. Une alternative intéressante était de rendre le pion en jouant un coup d'attente, ex : 27.g3!?,axb2 28.Cb1! qui bloque la case de promotion. Il s'ensuit une suite compliquée mais équilibrée où les noirs continuent à être très actifs avec 28...Tc8 visant la 1ere rangée puis la mobilisation de leur cavalier destinée à déloger le Fd3. Cette suite compliquée ne sera pas détaillée ici.
Je constate qu'un échange sur b2 ne mène à rien et j'envisage alors de tenter de promouvoir le pion. Malheureusement, le Cc3 contrôle efficacement la case a2. La seule faiblesse des blancs est maintenant le Fc1 sans défense. Je décide donc de jouer 27...Tc8. Ce coup est très logique mais on pouvait déjà trouver mieux avec 27...Dd4+! qui gagnait le Fd3 et laissait les noirs avec un avantage matériel. La morale de cette histoire est que l'avancée d'un pion passé constitue toujours une menace payante ne serait-ce qu'en désorganisant les pièces de l'adversaire dont le jeu doit être extrêmement précis. Et si, obnubilé que j'étais par la promotion du pion, je n'ai pas su profiter de cette première erreur, j'ai su exploiter la seconde (cf. infra) !

L'idée est toute simple pour les noirs : avancer le pion a et prendre le Fc1 non défendu en cas de déplacement du Cc3. Dans cette position, les blancs ont deux optons : la plus ambitieuse (et la plus risquée) est de défendre le Fc1 avec la dame ; l'autre est de mettre le roi à l'abri en "laissant venir" les noirs sans prendre aucun risque. Le coup tentant 28.Ca2?! ne marche pas à cause de 28...Txc1+! 29.Cxc1,axb2 qui gagne le cavalier ou est promu, ex : 30.Ca2,b1=T+ 31.Fxb1,Dxb1+ 32.Rh2 et la position est égale. Mon adversaire a fini par "gaffer" en jouant ici 28.Dc2?? et après 28...a2! 29.Cxa2,Txc2 30.Cxb4,Txc1+ a fini par perdre au 61e coup. 28.Dc1?? était tout autant catastrophique à cause de 28...axb2! suivi de la prise inélucable d'une pièce mineuse blanche (le fou après 29.Fxb2, le Fd3 après 29.Fd2,Dd4+, ou le cavalier après 29.De3). 28.Dd2?! était meilleur mais n'assurait toujours pas l'avantage à cause de 28...Dd4+! suivi de 29...Td8 récupérant le Fd3. Finalement, le coup d'attente 28.Rh2!? était la meilleure option car les noirs ne peuvent pas avancer facilement leur pion. L'égalité est alors obtenue par 28...Db3 29.Fb1,axb2 30.Fxb2,Txc3! 31.Fxc3,Dxc3=... Mais même pour un fort joueur, il est difficile, surtout en blitz, de résister à la pression fournie par l'avancée d'un pion passé !
08 mars 2009
ANATOMIE D'UNE COMBINAISON
Comment naissent les combinaisons ? Qu'est-ce qui fait que les forts joueurs sont capables, au bon moment, de jouer "the" coup, celui qui emporte à la fois la décision de la partie et l'enthousiasme des spectateurs ? Les combinaisons sont parfois tellement inattendues qu'on n'hésite pas à parler de magie. Pourtant, je crois qu'il y a certaines circonstances qui les favorisent, au delà de l'habileté tactique du joueur, de sa puissance de calcul, ou de son goût du risque. Je vous propose d'examiner cette position jouée avec les blancs par Anand :

Les noirs ont l'avance matérielle d'un pion et menacent de capturer le cavalier en e6. Les blancs doivent donc réagir. Vous remarquerez que ce type de situation de menace immédiate (de gain matériel comme ici, par exemple) précède souvent les plus belles combinaisons car cela force le joueur menacé à réfléchir ! D'où la première qualité, je crois, du bon tacticien : il est pragmatique : il ne "mouline" pas ses calculs de variantes en permanence, mais sait mobiliser ses ressources aux moments clés !
Dans cette position, n'importe quel joueur moyen, ou pressé, jouerait 1.Cg5, un bon coup qui provoque une attaque double sur f7 et h7. Mais qu'apporte ce coup, dans l'immédiat ? Uniquement la récupération d'un pion et donc la restauration de l'équilibre matériel. Le roi noir peut être encore défendu efficacement par un coup comme ... h5. Il faut donc jouer, si possible un meilleur coup, qui menace encore plus le roi noir. Le bon tacticien a donc une seconde qualité : il est exigeant ; il cherche le meilleur coup. Et le meilleur coup, c'est celui qui provoque ou menace un gain immédiat : le mat, ou l'avantage matériel décisif, par exemple.
Mais comment espérer mater ce roi noir qui semble si bien défendu ? Le principal atout des blancs dans la position est la tour en b7 qui peut soutenir la dame pour un mat sur la 7e rangée, mais aussi mater sur la case f8, soutenue par le Ce6, lequel contrôle la case de fuite g7. Dans cette dernière optique, le seul trouble fête est la tour noire en e8, qu'on aimerait bien faire partir de la 8e rangée. D'où l'idée d'un magnifique sacrifice de dame : 1.De7!!

Ce coup pose d'énormes problèmes aux noirs, qui n'ont plus le temps de prendre le Ce6. En effet, la Te8 est attaquée et doit forcément jouer. mais quel est la meilleure case pour cette tour ? l'acceptation du sacrifice perd à cause de la séquence suivante : 1...Txe7 2.Tb8+,Ff8 3.Txf8#. Pour avoir pu jouer ce sacrifice de dame, il fallait avoir vu le rôle central du cavalier dans le tableau de mat. Cela illustre la troisième qualité du bon joueur d'attaque : il est cultivé, connaît tous les mats élémentaires, et sait les identifier à partir de positions en apparence complexes.
La tour doit donc impérativement rester sur la 8e rangée. On constate que le coup des blancs a aussi d'autres avantages en créant deux autres menaces : il attaque la tour noire sur la colonne a et par conséquent limite les mouvements de la dame noire qui doit défendre cette tour (cette menace n'aura en fait aucune incidence sur la suite de la partie, mais cela illustre la richesse du coup blanc). l'autre menace est tout simplement la prise du pion f7 suivi de Dxg7 mat. La seule défense des noirs est donc 1...Tf8. Au delà de son caractère spectaculaire, vous aurez remarqué la force du coup 1.De7, qui tend un piège et crée 3 menaces dont 2 menaces directes sur le roi noir. Cette capacité à créer plusieurs menaces à la fois est en général l'apanage des très bons coups et la garantie du succès, surtout quand le roi adverse est concerné par les mencaces. Ici, les blancs ont déjà obtenu l'avantage en récupérant la tour par 2.Cxf8 et cela pourrait presque s'arrêter là ! Mais on voit tout de suite qu'en ayant supprimé la tour, les blancs conservent toujours la menace Dxf7+ suivi du mat. Les noirs sont donc condamnés à venir défendre le malheureux pion f7 par 2...Dd5 abandonnant tout espoir de garder en vie la Ta3.

Là encore, les blancs pourraient jouer 3.Dxa3 et la partie serait gagnée, mais la dynamique de calcul étant enclenchée, et l'objectif étant le roi noir, les blancs n'ont pas de difficulté à trouver un meilleur coup : 3.Ce6!!

Ce coup illustre magnifiquement le rapport remarquable qu'un bon tacticien a avec le matériel en général et le sien en particulier. Bien entendu, il n'est pas matérialiste (sinon 3.Dxa3 l'aurait comblé), il n'est pas non plus guidé par le goût du sacrifice pour le sacrifice et la beauté du geste - nous ne sommes plus aux 19e siècle, que diable !-. La seule chose qui le guide ici, c'est le rôle que peut jouer son matériel dans l'attaque. Le bon tacticien a le souci d'utiliser au maximum ses pièces pour créer des menaces qui lui feront gagner du temps ou une meilleure position ou, bien sûr, la partie ! Dans le cas présent, le coup sert avant tout à bloquer la protection de f7 par la Dd5 pour maintenir la menace de mat en 2 coups via Dxf7+. Mais comme l'illustre le schéma, il y a aussi la deuxième menace : Tb8+ initiant aussi un mat en 2 coups. 3.Ce6!! est donc aussi un sacrifice d'évacuation (de la 8e rangée). Un coup qui à lui seul engendre deux menaces de mat différentes est forcément un excellent coup, conséquence de l'exigence et du sens de l'attaque décrits plus haut.
Les noirs ne peuvent parer en même temps les deux menaces de mat. Il s'en est suivi : 3...Dxe6 4.Tb8+,Ff8 5.Dxf8#
J'espère que ce petit laïus vous aura plu. N'hésitez pas à l'enrichir de vos commentaires !
23 février 2009
UNE MINI SEQUENCE TACTIQUE EXPLIQUEE PAS A PAS
Concrétiser un avantage est souvent le plus difficile. C'est justement lorsque tous nos guides nous lâchent dans une position "évidemment gagnante" que l'on se retrouve seul avec nos lacunes ! La position qui suit est archi gagnante pour les noirs qui ont gagné la qualité. Mais il n'y a encore pas si longtemps, je n'aurais pas su transformer facilement l'essai. Je propose les commentaires qui suivent pour les débutants. Que les autres m'accordent leur indulgence ou leurs commentaires éclairés...

Les noirs ont le trait et jouent 1...Dg4. L'idée est de menacer une attaque double gagnant la dame par 2...Te2+

Les blancs doivent donc impérativement bouger la dame ou le roi.On voit vite que la dame n'a pas beaucoup de case de fuite : elle ne doit pas rester sur la deuxième rangée, ne peut se mettre sur la diagonale a5-e1 ni sur e3 ou e2. Et sur 2.Dc1 le mat arrive très vite : 2...Te2+ et après 3.Rh1 ou Rg1 suit un mat en g2 ou h2. Mon adversaire décide donc de bouger le roi et joue 2.Rg1. Je réplique par 2...Te2 pour occuper la 2e rangée, avec une menace de mat sur h2 via Dh3. Les blancs n'ont qu'un seul coup susceptible de prévenir ce mat : 3.Dd1 car sur 3...Dh3?? suivrait 4.Dxe2. Nous arrivons à la position critique.

Malgré les apparences, les noirs sont condamnés à briller ! En effet, sur 3...Df3 4.Df1 résiste et sur 3...De6, qui menace de prendre la dame par 4...Te1+, les blancs ont la ressource 4.Rf1. Heureusement, l'affaire est conclue par une jolie attaque à la découverte : 3...Tg2+!! 4.Rxg2 (quoi d'autre ?) 4...Dxd1 et il ne reste plus qu'à abandonner.
22 janvier 2009
UNE JOLIE SEQUENCE TACTIQUE EXPLIQUEE PAS A PAS
Au risque de me faire une nouvelle fois ridiculiser par notre Philippe Kesmaecker national (mais il le fait avec tant de délicatesse, que c'en est presque un plaisir !), je me risque à vous faire partager mon petit prix de beauté du jour. Mes commentaires sont destinés aux débutants, comme d'habitude.
Mon malheureux adversaire (1945 elo) a bien mal négocié un gambit Jaenisch (mon arme favorite contre tous ces espagnols qui jouent l'espagnole sur Buho21 !) et a perdu un pion. Nous sommes au 12e coup et le trait est aux noirs (position 1)

Je joue 12...Cg4, un coup qui entame les complications en créant 3 menaces, mais qui est surtout destiné à empêcher les blancs de se développer harmonieusement et de roquer. Je prends l'initiative. (position 2)

Vous pouvez voir tout de même que ce cavalier n'est pas défendu et peut être la victime d'une attaque double. Les blancs vont choisir de supprimer ce cavalier et par cette occasion commettre leur seule erreur de cette séquence tactique : ils jouent 13.De6+ (position 3) Bien sûr, 13.Dxe7?? perdait instantanément sur 13...Te8! et 13.Fxe7 perdait du matériel, par exemple après 13...Cxe3 14.Fxd8,Cc2+! 15.Rd2,Cxa1 16.Txa1 (ou 16.Rxd3) Taxd8.

Je joue 13...Rh8, un coup tranquille (Fritz conseille 13...Tf7 qui était effectivement meilleur car diminue la force du coup 14.Fxe7 à cause de la suite 14...Dxe7 15.Dxe7,Txe7+ 16.Rd2,Td8) et les blancs croient soulager la pression avec 14.Dxg4? (position 4) Bien meilleur était 14.Fxe7 avec une suite compliquée : 14...De4! 15.0-0-0 (et non 15.Fxf8?? à cause de 15...Dxf2+ 16.Rd1,Ce3+ et les blancs doivent sacrifier leur dame pour éviter le mat en c2) 15...Txf2 16.Cf3 Tc2+ 17.Rb1,Txg2+ 18.Ra1,Df2 et les noirs gardent une forte attaque à cause de la menace de mat en g2.

Que remarque-t-on dans cette position ? 1) le roi blanc est resté au centre 2) la dame blanche est sur une case blanche et pourrait être victime d'une attaque à la découverte, pour peu que le roi blanc puisse être attiré sur la colonne d... Mais le coup le plus logique est de s'emparer d'abord du fou sans défense : 14...Fxg5. Les blancs jouent un coup nécessaire et fort : 15.Cf3. Ce coup attaque le Fg5 et protège la case d2, une case capitale comme vous allez le voir bientôt (position 5)

Les blancs auraient-ils gagné leur tranquillité ? Non ! Pour supprimer cette pièce maitresse de la défense et garder l'initiative, je joue sans hésitation le sacrifice de qualité 15...Txf3! Si cette tour est reprise par la dame (la réplique naturelle) celle-ci restera sur une case blanche. C'est ce qui se passe dans la partie : 16.Dxf3. Nous arrivons à la position critique, théâtre du plus beau sacrifice de la séquence (position 6)

Comment faire progresser l'attaque ? Tout simplement en attirant le roi sur la colonne d pour tenter de gagner la dame par une attaque à la découverte. Pour ce faire, le coup 16...Fd2!! est un magnifique sacrifice de déviation : 17.Rxd2, perd bien la dame après Fe4+. Mon adversaire ne tombe pas dans le piège mais est tout de même contraint de placer le roi sur la colonne d. Il joue donc 17.Rd1 (position 7)

Les noirs continuent simplement par 17...Fxc3, qui crée à nouveau la même menace sur la dame, tout en gagnant une pièce au passage, ce qui compense le sacrifice de qualité. Le fou reste en effet toujours imprenable : sur 18.bxc3, Fe4+ gagne toujours la dame. Dans les coups suivants, le fou noir va continuer à narguer le roi blanc avec insolence : 18.Rc1,Fd2+! (toujours la même astuce) 19.Rd1,Fh6! et les blancs doivent encore perdre un temps à déplacer leur dame sur une case noire. Dans la partie, mon adversaire a joué 20.Dg3 et a subi une attaque de mat d'école élémentaire qui n'a plus grand intérêt : 20...Fg6+ 21.Re2,De7+ 22.Rf3 (22.Rd1 perdait aussi : 22...Td8+ 23.Dd3 (forcé) Txd3+ 24.Rc2,De2+ 25.Rb1,Td1#) 22...Tf8+ 23.Rh3,Ff5+ 24.Dg4,Dxg4#.
